Mon carnet de voyage africain #3

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Nous sommes partis pour une aventure d’un an au Gabon. Je vais essayer de livrer ici mes impressions, ma vie d’expat’, ses joies, ses difficultés. La vie m’a amenée au Gabon. Je ne suis pas une expatriée convaincue. Loin de là. J’aime ma vie en France. Mais je suis bien trop curieuse pour ne pas tenter l’expérience, avec un billet de retour dans la poche ! Voici notre petite vie en terre africaine.

C’est un billet que je trouve difficile à écrire. Un billet sur les différences, la position des gens, leur rang social. Tout ce qui ne devrait pas exister.

Tout ça est exacerbé en expatriation.

Quand je suis arrivée en Angola il y a dix ans, Francesca se trouvait chez nous. Francesca devait s’occuper du ménage de notre petit deux pièces TOUS les matins. Larmes et remise en question. J’avais 25 ans, l’âge de Francesca certainement. En France, je faisais le ménage moi-même. Quel intérêt d’employer quelqu’un pour le faire ? Cela me donnait une mauvaise image de moi. Moi la blanche employant une femme africaine payé 150 dollars.

Finalement Francesca est restée. L’amoureux m’a convaincue. « Elle est bien payée. Cela fait vivre toute une famille… » Bon.

J’ai peu croisé Francesca. Je travaillais à l’école française. J’avais un CP. Mais pendant les vacances, j’étais mal à l’aise chaque matin. Et la barrière de la langue n’a rien arrangé.

10 ans après, de nouveau cette question. Nous avons une jolie maison avec une piscine. De « vrais » expatriés avec de nombreux avantages. Pour les enfants, il y a des règles à respecter pour leur sécurité. Nous avons donc deux gardiens, Traoré la journée et Fofana la nuit. Les enfants sont très à l’aise et enthousiastes avec eux. Camille adore discuter avec Fofana qui le lui rend bien. Il est adorable. Camille a entrepris spontanément de lui apprendre à lire un peu chaque soir. Cœur serré.

Il y a aussi Dialo le lundi. A l’heure de la piscine hier après-midi, Dialo a dû remettre Gabrielle sur son flamand rose une bonne dizaine de fois.

Dans le jardin, ils ont une petite pièce avec une douche et des toilettes attenants. J’y suis rentrée. Il y fait chaud. Ce n’est jamais nettoyé et il y a même une prise électrique très dangereuse où ils branchent leur téléphone tous les jours. La douche et les toilettes sont sales, certainement jamais nettoyés. Je ne peux pas laisser ça comme ça. Nous allons faire réparer la prise, nettoyer, leur proposer à boire régulièrement. Acheter un ventilateur. La maison est climatisée ! La saison chaude approche.

Il y a une forme de barrière invisible entre les expatriés et leurs employés. Je ne suis pas là depuis longtemps. Mais l’expérience angolaise et la semaine passée ici me confirment que ça n’a pas changé. Il y a une distance déplaisante et pleine de non dits. Il y a Madame Coralie, Monsieur Jérôme mais Fofana, Traoré, Dialo, Claudine…

Je ne veux pas de cette distance. Cette distance-là, c’est le respect à sens unique.

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Il s’est passé quelque chose ce matin.

« Madame ? »

« Oui Claudine »

– J’ai dit à ma soeur que vous m’aviez proposé de déjeuner avec vous hier midi. Elle m’a répondu : « Oui tu sais, il y en a. Pas beaucoup, mais il y en a. »

– (…) Ca vous gêne Claudine ?

– Non ! Mais j’ai été surprise. Depuis le temps que je travaille, on ne m’a jamais proposé de déjeuner à la même table. Et puis quand nous nous sommes rencontrés vendredi, vous m’avez offert un café !

Les bras m’en sont tombés. Nous avons discuté une heure et demi. De nos familles, de la femme camerounaise de mon papa, de la ferme dans laquelle a été élevée ma belle-mère, de valeurs.

« Vous êtes si gentille, restez comme ça. Dieu vous bénisse. »

Nan mais sans dec ?! J’avais l’impression d’être l’héroïne de la couleur des sentiments ! Je ris mais je suis triste.

Ce midi, Claudine a préféré déjeuner de son côté mais l’idée a mûri je crois. Gabrielle, pourtant à l’école ce matin, est allée la voir à la fin du repas.

« Alors tu veux pas manger avec nous Claudine ? »

Claudine a souri : « Si promis, demain ! »

– Pour toujours ? »

– « Oui Gabrielle, pour toujours ! »

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Nous avons discuté et discuté encore. J’ai montré mon travail. Claudine coud et fabrique des poupées, des chaussures, des vêtements. C’est si joli. Elle aime cuisiner. Nous nous ressemblons.

J’ai demandé à Claudine de me montrer son pays. Bientôt des escapades. Au marché, au port, chez le tailleur. La vraie vie.♡

Des baisers de l’autre côté.

Coralie xxx

PS : Claudine a vu cet espace et a accepté d’y être présente. Mille mercis fée Claudine.

 

 

14 réflexions au sujet de « Mon carnet de voyage africain #3 »

  1. Je te laisse un message ici, comme ça j’ai l’impression que tu n’es pas si loin puisqu’ici c’est aussi un peu ta maison.
    Rien de ce que je viens de lire ne m’a surprise, et même je vais te dire, je trouve qu’il y a un certain courage à aborder ce sujet. Mais je le répète, je ne suis pas étonnée 🙂
    Claudine a raison, tu es gentille, et tu sais l’importance que j’accorde à cette qualité.
    Je t’embrasse.

  2. oh je pleure dis donc. j’ai vécu ça à vingt ans. deux gardien, un chauffeur, un cuisinier qui s’occupait de moi comme un père lorsque j’étais malade. Et comme toi déjà à l’époque cette conscience de ne pas être à ma place, de les employer mais de jamais être au dessus. je ne voulais pas de toute cette aide, mais on m’avait dit que c’était très mal vu de gagner de l’argent et de ne pas employer des personnes. alors j’ai cédé. je pense souvent à Abel, qui se tracassait toujours de voir que je mangeais trop de bananes et à karim qui a été étonné de me voir un jour derrière le volant et d’entendre: maintenant c’est moi qui te conduit, je sais bien conduire tu sais…
    ce billet m’a beaucoup ému, il a fait remonter les souvenirs. Merci <3

    • Camille, merci pour ton partage qui me fait du bien. Je résiste au chauffeur. La première fois que j’ai pris le volant, Fofana a fait une drôle de tête 😉 Et ce soir, je me sens libre et plus sereine. Je t’embrasse.

  3. Ton article m’a beaucoup émue, j’en ai les larmes aux yeux, il m’a rappellé ce que j’ai ressentie au Burkina Faso… J’ai découvert ton blog il y a quelques jours seulement et je suis ravie de pouvoir suivre tes aventures au Gabon, cela permet de découvrir un pays, une culture, et de s’évader ! 🙂

  4. Ton billet m’a tiré les larmes.
    Merci Coralie de nous faire partager ton expérience en terre africaine.
    Douces pensées pour vous, Fofana, Traoré, Dialo et Claudine !

  5. HelloOOOoO Coralie,
    je n’ai hélas pas tout suivi de ton départ en Afrique car je suis complètement débordée !!!
    Te voici donc au Gabon pour 1 an ?, ça va être beau, pas chouette mais beau parce que tu as un coeur qui déborde d’amour et des vraies valeurs de la vie..
    J’ai été très touchée hier soir très très tard en lisant ton post …Et j’aime le principe de me dire que tu vas leur apporter de jolis moments..bien différents de ce qu’ils ont connus….je reste donc connectée pour te lire et je t’embrase fort ma belle Coralie/Candy ^.^
    Une grosse bise à Claudine, Fofana, Traoré et Dialo…..
    Dalilouille !

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